Un fournisseur vous présente un outil « intelligent » : tri automatique des demandes, scoring de prospects, assistant de rédaction, prévisions de ventes. Le prix est élevé, l'argument est séduisant. Mais est-ce vraiment de l'IA, et fait-elle réellement ce qu'on vous promet ?

Le phénomène a un nom : l'AI washing, c'est-à-dire l'habillage en « intelligence artificielle » d'un produit qui n'en contient pas, ou presque pas. Il coûte cher aux acheteurs : abonnements surfacturés, résultats décevants, données confiées à des tiers sans l'avoir compris.

Ce guide donne la grille que nous utilisons en formation pour évaluer une offre, en huit questions, avec les clauses de contrat à vérifier. Pour les bases (ce qui est de l'IA et ce qui n'en est pas), commencez par notre guide pour reconnaître l'IA.

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questions pour évaluer un fournisseur d'IA

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essai sur vos propres données avant toute signature

Les huit questions à poser au fournisseur

  • 1. Que fait exactement l'IA, et que fait le produit sans elle ? — Une réponse précise (« elle classe vos mails entrants dans cinq catégories ») est bon signe. Une réponse vague (« elle optimise vos processus ») est un signal d'alerte.
  • 2. Quel modèle tourne derrière ? — Un modèle développé par le fournisseur, ou l'accès à un service d'un grand acteur (OpenAI, Google, Anthropic, Mistral…) ? Les deux sont légitimes, mais vous devez savoir lequel, car cela change le prix, la dépendance et le traitement de vos données.
  • 3. Sur quelles données a-t-il été entraîné ? — Données publiques, données du fournisseur, données de ses clients ? Les vôtres seront-elles utilisées pour l'entraîner ?
  • 4. Où et comment mes données sont-elles traitées ? — Pays d'hébergement, sous-traitants, durée de conservation. Pour des données personnelles, c'est une exigence du RGPD.
  • 5. Quel est le taux d'erreur, et comment est-il mesuré ? — Un vrai système a un taux d'erreur chiffré, mesuré sur des cas difficiles. « Il ne se trompe jamais » n'est pas une réponse crédible.
  • 6. Qui vérifie, et comment corrige-t-on une erreur ? — L'humain peut-il reprendre la main facilement ? Y a-t-il une trace de ce que l'IA a décidé et pourquoi ?
  • 7. Puis-je l'essayer sur mes propres cas ? — Avec vos documents, vos clients, vos cas difficiles, pas sur une démonstration préparée.
  • 8. Que se passe-t-il si je pars ? — Récupération des données, export, suppression, fin du contrat. Un fournisseur sûr de son produit n'a pas peur de la réversibilité.

Les signaux d'alerte pendant la démonstration

  • La démo ne marche que sur ses exemples — Proposez un cas imprévu : si le fournisseur refuse ou esquive, méfiance.
  • Des humains derrière l'écran — Certains services « automatiques » sont en réalité traités à la main par des opérateurs. Demandez comment les demandes sont traitées en volume.
  • Un vocabulaire de marketing sans mécanisme — « Intelligence propriétaire », « algorithme exclusif », « IA de pointe » sans explication du fonctionnement.
  • Un prix qui double avec l'option « IA » — Demandez ce qu'elle apporte concrètement.
  • Des témoignages sans chiffres — « Nos clients adorent » ne prouve rien. Demandez un indicateur mesuré avant/après, et la possibilité de contacter un client.
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Une bonne automatisation sans IA vaut mieux qu'une IA mal conçue. L'objectif n'est pas d'acheter de l'IA à tout prix : c'est de résoudre un problème précis, au bon prix, avec un résultat mesurable.

Les clauses de contrat à vérifier

  • Propriété et usage des données — Vos données restent les vôtres, ne servent pas à entraîner des modèles pour d'autres clients sans votre accord écrit.
  • Sous-traitants et hébergement — Liste des sous-traitants, localisation des données, contrat de traitement conforme au RGPD.
  • Engagements de résultat ou de service — Disponibilité, niveau de service, ce qui se passe en cas d'erreur grave de l'IA. Sans engagement mesurable, les promesses du commercial ne valent rien.
  • Responsabilité — Qui supporte les conséquences d'une erreur de l'IA ? Le plafond de responsabilité est-il raisonnable au regard du risque ?
  • Réversibilité — Export de vos données dans un format exploitable, suppression certifiée à la fin du contrat.
  • Conformité — Le fournisseur est-il capable de documenter son système au regard du règlement européen sur l'IA, en particulier si l'outil sert au recrutement, à la notation de personnes ou à l'accès à un service ? Voir notre article sur l'AI Act pour les PME belges.

Pour un contrat important, faites relire par un juriste spécialisé : ce guide ne remplace pas un avis juridique.

Et si c'est vous qui vendez de l'IA ?

La règle vaut dans l'autre sens : ne présentez comme IA que ce qui l'est, et décrivez honnêtement son rôle. C'est un argument de confiance de plus en plus recherché par les acheteurs avertis. Une entreprise qui dit simplement « ce module utilise un modèle de langage pour résumer vos documents, il peut se tromper, vous gardez la main » inspire plus confiance qu'une promesse de magie.

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Cette grille est au programme de notre formation « reconnaître l'IA » : appliquée à vos propres outils et aux offres que vous recevez. Voir le programme →

Questions fréquentes

Vos questions sur l'AI washing

Comment savoir si un logiciel utilise vraiment de l'IA ?

Demandez ce que l'IA fait précisément, quel modèle est utilisé, sur quelles données il apprend et quel est son taux d'erreur. Un fournisseur qui n'est pas capable de répondre à ces questions utilise probablement de simples règles automatiques.

L'AI washing est-il illégal ?

Présenter faussement un produit comme utilisant l'IA peut constituer une pratique commerciale trompeuse. Les régulateurs de plusieurs pays ont déjà sanctionné des cas. En cas de doute, faites analyser la situation par un juriste.

Vaut-il mieux acheter de l'IA ou de l'automatisation ?

Cela dépend du problème. Une automatisation à règles est plus simple, plus prévisible et moins chère pour les tâches répétitives bien définies. L'IA est utile quand les cas sont variés, non prévisibles ou portent sur du langage et des images.

Que faire si on a déjà signé pour une fausse IA ?

Rassemblez les promesses écrites, comparez-les à ce qui est livré, demandez des explications écrites au fournisseur et faites relire le contrat par un juriste. Une réclamation argumentée aboutit parfois à un geste commercial ou à la résiliation.

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